La Separation Des Parents 

La Separation Des Parents,  Soiree MJC 22 Janvier 2016 


Chaque enfant a des ressources personnelles plus ou moins importantes pour faire face aux conflits et aux séparations.
 
Souci prioritaire de l’enfant : maintenir un équilibre rigoureux entre l’amour qu’il dispense à son père et à sa mère. Cette attitude de neutralité absolue est la seule qui lui permette de garder son unité. Emettre un jugement ça serait risquer de mettre de l’huile sur le feu et se sentir responsable de l’aggravation de la fracture.
 
Même si l’enfant ne se sent pas soulagé d’être libéré des disputes de ses parents suite à une séparation, osons dire que de toute façon c’est bénéfique pour lui. Si cette atmosphère ne perdure pas au delà du divorce !
 
 
 
TRISTESSE
 
L’enfant est remis en cause dans ses origines mêmes. Dans le divorce, il doit renoncer à l’équation maman+papa. Il ne renoncera jamais à ce rêve de réunion. Un enfant a besoin de pouvoir penser qu’il est le fruit d’un amour, qu’il est né du désir de ses 2 parents de le concevoir ensemble. C’est important pour l’image qu’il a de lui même. Sans cette dose d’amour inconditionnel au départ, tempéré de limites et d’interdits, aucun individu ne pourra vivre harmonieusement.
 
S’ils sont impuissants contre la souffrance, les mots évitent les malentendus. Même s’ils n’aident pas l’enfant à accepter la situation, ils font de lui une personne respectée et considérée. C’est primordial. Ne pas rentrer dans les problèmes d’adulte, mais rien n’empêche de livrer des éléments neutres qui permettront à l’enfant de comprendre et de réfléchir. L’important est surtout de ne pas essayer de le convaincre.
 
 
 
CULPABILITE
 
Un enfant préfère souvent penser qu’il est à l’origine de ce qui arrive plutôt que d’avoir le sentiment qu’il n’a aucune maîtrise sur son sort : puisqu’il est à l’origine de la catastrophe, il peut aussi être celui qui va tout arranger. « En étant vilain il l’a provoqué, en étant gentil il va peut être pouvoir l’arranger ». C’est très lourd à porter pour lui car il assiste à la souffrance de ses parents et s’en sent responsable.
Avoir un enfant est pour le couple un acte risqué dont on ne mesure pas toujours les réelles  conséquences. Et si un bébé faisait davantage courir de risques à un couple qu’il ne le soude ? Il est facile de s’imaginer en parents parfaits et unis autour d’un berceau, mais quand l’enfant parait, il peut faire voler en éclats toute ces projections. Un bébé va agir comme un révélateur. On peut constater que l’autre n’est pas du tout le père ou la mère que l’on avait rêvé.
Proclamez le non-coupable. Rassurer l’enfant. Le divorce est avant tout un problème d’adultes entre eux.
 
 
 
PEUR
 
Le divorce fait voler en éclat la famille auquel il appartient, qui lui prodiguait une sécurité de base et dont il doit aujourd’hui se passer.
 
Déménagement - changement d’école - soucis financiers
 
« il y a des choses que l’on ne peut plus faire, mais c’est pas grave on s’en passera »
= RASSURER plutôt que « c’est à cause de ta mère ! »
Essayer de ne pas transmettre sa propre panique à ses enfants. Par exemple, il risque de prendre l’expression « je n’ai plus un sous » au pied de la lettre.
Même si les problèmes se posent avec intensité, un enfant n’y pourra rien donc inutile de l’y associer.
Nous appartenons tous à un groupe, c’est un appui essentiel pour se protéger, partager les épreuves. L’enfant de parents séparés appartient désormais à 2 groupes bien distincts où, au lieu de faire des compromis entre chaque pôle, les valeurs s’exacerbent de chaque côté. A lui d’en faire la synthèse. Il ne fait plus parti d’un trio mais d’un couple et peut se sentir perdu, insécurité, prisonnier d’une construction bancale.
 
 
 
 
COLERE
 
Les jeunes enfants laissent plus facilement exprimer leur colère. Les plus grands ont plus tendance à la garder pour eux ou à la faire sortir de façon indirect. Ils peuvent par exemple modifier leur comportement à l’école.
Comment y faire face ? La colère n’est pas forcément alarmante, elle peut être une émotion saine.
Pour contenir cette escalade et ce dérapage, l’enfant a besoin d’être reconnu dans sa colère.
La colère met souvent mal à l’aise, on voudrait la gommer ou l’ignorer. Or c’est le contraire qu’il faut faire. « Je vois bien que tu es en colère contre moi à cause du divorce » peut apporter un début d’apaisement.
L’attitude qui consiste à traquer son enfant pour exprimer tout ce qu’il ressent ne l’aide pas du tout. Bien sûr cela rassure sans doute le parent de parler avec son enfant pour peut -être obtenir son absolution… mais c’est malheureusement voué à l’échec, l’enfant dira probablement n’importe quoi pour se débarrasser des questions.
Un enfant a le droit d’avoir des secrets pour ses parents.
Par contre, reconnaître qu’il est lésé et a le droit d’être en colère ne lui donne pas tous les droits. En étant plus souple que d’habitude, on doit quand même maintenir ses positions éducatives. Un enfant qui ne rencontre pas d’interdit est vite angoissé lorsqu’il constate que rien n’est là pour arrêter la violence qu’il sent monter en lui.
 
L’absence d’explication quant au divorce peut-être propice à la colère de l’enfant.
Quel que soit son âge, il est toujours possible de trouver des explications appropriées, afin de limiter un peu les fantasmes (quand il ne comprend pas, un enfant imagine souvent le pire et se sent coupable).
 
Attention, de l’explication à la confidence il n’y a qu’un pas !
 
La colère lors du retour de chez l’autre parent, peut être dû au tiraillement qu’il ressent, et non à la mauvaise éducation donnée par l’ex.. Il aime 2 personnes qui ne s’aiment pas entre elles : cela crée une tension qui peut être prise pour de la colère.
 
 
 
JE VOUDRAIS LES SAUVER
 
Parfois, l’un des parents se désigne comme lésé de manière intolérable par la séparation, et il attend de son enfant qu’il prenne en charge sa souffrance.
La réaction idéale, quand on en est capable, consiste à décharger son enfant du poids de ses soucis d’adulte. «Oui je suis triste, car cette séparation me fait du mal, il va me falloir du temps mais je vais m’en remettre et reconstruire ma vie autrement. Tu n’y peux rien, ce sont mes affaires de grande personne. Toi tu as ta vie d’enfant à mener. Mes problèmes ne sont pas les tiens ».
Remarquons que dans ce discours, l’autre parent n’est pas posé en bourreau, il n’est pas accusé d’être responsable de la situation.
L’enfant sera alors autorisé à penser :  « Un jour, il ou elle ira mieux, j’ai confiance. En plus, on ne me demande pas de m’en mêler, je ne suis pas obligé de choisir entre mes deux parents »
Si l’on est pas apte à parler immédiatement à son enfant dans les moments où l’on pleure, il importe d’y revenir plus tard.
Malheureusement, au lieu de ce cas de figure idéal, il arrive que l’enfant soit victime d’un véritable « terrorisme de la souffrance ». Cela se passe quand l’un des parents va très mal et qu’il désigne son ancien conjoint comme directement responsable de sa dépression et le dénigre en permanence. Il utilise son enfant comme confident et comme soutien.
De façon naturelle, un enfant a tendance à aller vers celui des deux parents qui est le plus fragile. Il se retrouve alors prisonnier d’un chantage affectif. résultat, il n’est plus jamais tranquille, ne parvient plus à s’investir dans son travail à l’école et n’a pour seule idée de revenir auprès du parent qui va mal. Afin de le maintenir en vie.
Il est très difficile de sortir un enfant de ce genre de piège. Même si l’autre parent agît de façon saine et non conflictuelle, l’enfant peut difficilement s’identifier à lui. Il reste aspiré par la pathologie du parent qui se désigne comme gravement lésé.
Le rôle du temps est alors essentiel. Ce n’est souvent qu’à l’adolescence ou à l’âge adulte que l’enfant prendra conscience dans quel filet il s’est trouvé pris, et à reconnaître la valeur réelle de l’autre.
 
Parents copains : oui, mais attention à la confusion dans l’esprit d’un enfant (espoir de retrouvailles ). Les enfants ont besoin de clarté, tôt ou tard il faudra que les liens entre les parents se distendent.
 
 
 
JE VAIS MAL
 
Des manifestations peuvent alerter les parents : troubles psychosomatiques (douleurs abdominales, infections ORL ne se produisant pas avant le divorce, état de fatigue, trouble du sommeil, pipi au lit alors qu’il n’a plus l’âge..), conduites agressives (désobéissance, délinquance..), difficulté importante dans les apprentissages : mobilisant une énergie colossale pour faire face à une situation nouvelle et douloureuse, pour s’y adapter mieux, ils peuvent alors se trouver dans une sorte d’indisponibilité psychique.
Beaucoup d’enfants connaissent une période de tristesse pouvant durer plusieurs mois. On ne parle pas ici d’une tristesse intense permanente mais de petits moments de préoccupation. Puis au fil des jours la vie reprend son droit. Et le chagrin s’estompe.
De nombreux enfants surmontent seuls cette période, ou mettent en place des mécanismes de refoulement : ils veulent oublier ce qui les fait souffrir et n’ont pas envie
d’en parler.
Il serait absurde les emmener chez un psy pour les forcer à décortiquer leur souffrance. Ils sont aussi très capables de trouver eux-même des personnes qui les écoutent exprimer leur souffrance (instituteur, membre de la famille..)
Par contre, quand les symptômes sont très intenses et durent plus de deux ou trois mois, le recours à un spécialiste s’impose. Ce qui ne signifie pas qu’il faudra envisager une longue thérapie, quelques séances suffisent souvent.
 
 
 
QUI VA ME GARDER ?
 
Existe t-il un mode de garde idéal ? Tout aménagement respectant les besoins essentiels de l’enfant en fonction de son âge.
L’enfant a besoin de ses deux parents. Mais a-t-il autant besoin de l’un que de l’autre à tous les âges ?
C’est chez les nourrissons  et les petits enfants entre 0 et 3 ans que la question se pose avec le plus d’acuité. A cet âge, ils ne disposent pas encore des ressources psychiques nécessaires pour s’adapter sans dommage à n’importe quelle situation.
Le père et la mère ont chacun un rôle spécifique à jouer. Un bébé a besoin d’évoluer dans un environnement stable, avec une, deux ou trois personnes, toujours les mêmes, auxquelles il s’attache et qui répondent à ses besoins de contacts physiques et de plaisirs. Il constate qu’ils sont toujours là pour répondre à ses besoins et se sent rassurer au fil des jours par la répétition des gestes et des rituels.
Bien sûr le père autant que la mère est capable d’effectuer tous ces gestes. Mais le bébé va t-il pouvoir s’attacher exactement de la même manière à deux personnes et dans deux lieux différents ? Il semble que non.
La mère est la figure d’attachement préférentielle du bébé. Comment expliquer cette « supériorité » maternelle ? La question reste entière. Selon le psychanalyste Winnicott, les mères sont capables d’une véritable régression psychique qui leur permet de se brancher en direct sur la même longueur d’onde que leur nourrisson. Cette relation très particulière s’installe durant la grossesse. Cette quasi-fusion se poursuit, étayée par l’accouchement puis l’allaitement. Des travaux ont montré que le bébé reconnait la voix de sa mère parmi d’autres voix de femmes.
Plus l’enfant grandira et plus il pourra supporter des séparations de plus en plus longues avec sa mère.
A partir de 3 ans il commence par être bien outillé pour garder en tête l’image de sa maman sans être perturbé par son absence.
Le père a d’autres choses essentielles à apporter à son enfant : l’ouverture sur le monde. Le père l’aide à devenir un être distinct de sa maman, à se détacher d’elle, à devenir plus autonome, une fois que sa mère a fait naître en lui un sentiment de confiance et de sécurité
Les mères donnent aux enfants le sentiment de sécurité et les pères encouragent la prise de risque.
Quoi qu’il en soit, dans la mesure du possible, c’est aux parents de s’adapter à l’enfant et pas l’inverse. La meilleure attitude quant au mode de garde consiste sans doute à rester souple, à l’écoute des signaux et des demandes explicites envoyés par l’enfant.
Le passage d’une maison à une autre n’est jamais simple ; accepter que son enfant soit un peu tendu, pénible, secret ou agressif durant quelques heures et même une journée ou deux quand il rentre de chez l’autre parent. Ce n’est pas forcément qu’il est malheureux là bas ou qu’il soit contrarié de revenir chez vous.
 
 
 
 
 
 
MON PERE OU MA MERE REFAIT SA VIE
 
Depuis sa naissance, l’enfant a travaillé pour réussir à faire cohabiter ensemble le parent « tendre » avec le parent « sexué ». En effet, il est pour lui difficile à admettre pour lui que le parent qui est là pour le câliner est aussi celui qui a fait l’amour pour le fabriquer. Il s’emploie donc à refouler ce coté sexuel qui le met mal à l’aise. Ses parents sont des amoureux pas comme les autres. Et c’est le rôle des parents de ne montrer en famille que des échanges tendres.
C'est pourquoi il est très important de prendre son temps avant de présenter son nouveau partenaire à un enfant. On ne devrait prendre cette initiative que si on a la volonté de construire avec cette personne une vraie relation stable, ce qui signifie que la tendresse est présente dans cet amour. Sinon, c’est une image trop sexuée du père ou de la mère qui s’impose.
Ne jamais mettre un enfant devant le fait accompli. Il importe de lui en parler avant, pour en faire une personne déjà un peu familière et le préparer à cette rencontre.
Il n’est pas question non plus de demander l’avis à l’enfant. Ce n’est pas à lui de diriger la vie affective et sexuelle de ses parents. On le prévient mais on ne lui laisse pas le choix.
Bien sûr, rien ne dit que cette première confrontation sera réussie. Il y a même de fortes chances que le nouvel arrivant soit pris pour un intrus et traité comme tel. Il risque de porter le poids de l’échec du couple parental.. Normal alors qu’il ne soit pas très aimable avec celui qui vient lui rappeler tout ça.
 
L’image idéale du beau-parent serait constituée d’une communication et un positionnement clair « je sais que mon arrivée est compliquée pour toi. De mon coté j’ai plutôt envie de t’aimer car tu es l’enfant de la personne que j’aime. Mais toi tu n’es pas forcé de m’aimer. Je ne suis pas de ta famille, je ne suis pas ton père (ou ta mère) »
Ainsi libéré d’une obligation d’amour, l’enfant sera soulagé d’un poids.
La principale erreur serait de vouloir jouer la carte de l’autorité. Un beau-père qui se mêle de trop près de l’éducation de son bel enfant risque de courir au désastre. Attention, cela ne veut pas dire non plus qu’il doit se laisser malmener par cet enfant. Il a droit au respect, au même titre que n’importe quel adulte. Il a aussi le droit et le devoir d’empêcher cet enfant de se mettre en danger physique.
Il peut essayer de s’inventer un rôle original, celui de l’adulte bienveillant. Pourquoi ne pas  lui transmettre des passions par le biais de discussions, de sports et autres activités. Alors se nouera peut être une relation très riche.. ou pas.
L’enfant de l’autre est parfois vécu comme celui qu’il faut « effacer » parce qu’il est l’incarnation de l’amour passé du père ou de la mère. Il ne porte aucun trait physique commun avec lui. On ne lui reconnaît donc pas le droit à l’erreur.
Quand le beau père ou la belle mère arrive aussi avec ses enfants, on peut alors assister à un choc des cultures, un peu comme deux peuples de traditions différentes essayant de vivre ensemble sur le même territoire. Il est important alors de bien expliciter la place de chacun.
 
 
 
 
 
 
Un bébé peut naître de cette nouvelle union. L’amour fraternel est souvent conflictuel. Un frère ou une soeur, c’est fréquemment un intrus qui vient gêner les relations que l’on entretient avec ses géniteurs. Dans la plupart des cas tout se passe bien chez des parents qui ne font pas de préférences, qui ne commettent pas d’injustices et qui donnent à chacun de leurs enfants le sentiment d’être parfois unique.
 
Attention à ne pas se désintéresser de son bel-enfant une fois que l’on a son enfant à soi !
 
A l’occasion de la naissance d’un bébé dans une famille recomposée, il faudra être doublement attentif à la réaction des enfants déjà présents : leur montrer qu’ils continuent à exister dans le coeur des parents, qu’ils ont toujours leur place entière, qu’ils ont le droit d’aimer ce bébé, mais aussi d’être jaloux de lui.
 

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